Home Consommation abusive des microbicides et résistances aux antibiotiques
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Beta-lactamase from clinical isolates  
Identification of beta lactamase
Prevalence of blaSHV genes
Beta-lactamase molecular classes
Helicobacter pylori infection
 
Antibiotics resistence in Burkina Faso
Epidemiology of bacterial resistance
Major Enzymatic Factors Involved in Bacterial Penicillin Resistance in Burkina Faso
   
Epidemiology of antibiotic resistance in Burkina Faso
 
Aetiology of Acute Gastro-Enteritis in Children at Saint Camille Medical Centre
   
Antibiotic Resistance in Urinary Tract Bacteria in Ouagadougou
   
 
 
 
 
 

Les Maladies infectieuses aujourd'hui

A partir des Bactéries thermophiles, qui habitent les eaux thermales à plus de 70°C, aux micro-organismes psychrophiles (cryophiles) qui ont colonisé les glaciers et vivent à moins de 0°C, nous avons des microbes qui ont pu s’adapter à tous les aléas climatiques et qui résident dans les hautes pressions (les barophiles), qui survivent dans des environnements très salés (les halophiles), dans les fonds marins (bactéries chimiosynthétiques), dans les lieux arides (les bactéries polyextrêmophile) et dans des milieux acides (acidophiles) et alcalins (alcalophiles).

Aujourd’hui avec les changements technologiques et avec la globalisation, nous voyageons en transportant les micro-organismes dans le monde dans nos avions, dans nos bateaux, dans nos voitures. Désormais dans nos villes, nous les avons partout : dans nos circuits d’eaux, dans nos toilettes, dans nos climatiseurs, dans nos frigidaires, dans nos assiettes... Jusqu’à les avoir par surcroît en nous-mêmes : dans nos viscères les plus profonds, les bonnes bactéries nous aident à digérer nos aliments tandis que les pathogènes comme les Shigella, les Escherichia colis, les Salmonella, le vibrion du colera, … provoquent en nous des entéropathies. D’autres vont jusqu’à infecter nos poumons (bacille de Koch) , nos appareils reproducteurs (VIH, Treponema pallium, Neisseria gonorrhoeae), notre système nerveux central (Toxoplasma gondii, Trypanosoma gambiense, alfa herpès virus, virus de la rage) etc. Aujourd’hui, les maladies infectieuses sont responsables de près de 17 millions de décès par an, ce qui représente un tiers de la mortalité mondiale .

Elles constituent les 43 % des décès dans les pays en voie de développement. Cette morbidité risque de s’aggraver, compte tenu des changements climati-ques provoqués par l’industrialisation des sociétés modernes qui créent et favorisent par conséquent, une température idéale pour la prolifération et la propagation des microorganismes pathogènes sur la planète terre.

Depuis un certain temps, plusieurs hommes politiques ont pris conscience de cette problématique et d'immenses progrès ont été accomplis en matière du contrôle de la dégradation de l’environnement. De même, depuis plus de 20 ans d’énormes rénovations ont été réalisées dans l’antibiothérapie. Mais les contre-pieds et les conséquences de ce type de thérapie est l'émergence de bactéries de plus en plus résistantes et qui constitue un lourd tribut payé à notre consommation abusive et excessive d'antibiotiques.

Dans une étude effecoratoire saint Camille de Ouagadougou, nous avons : 335 coprocultures, 1.878 urocultures, 1.180 cultures de tampon vaginal, 245 de pus et 43 d’autres matériels biologiques comme sang, peau, lait et liquide céphalorachidien (LCR). Après avoir été cultivées et identifiées, les bactéries ont été exposées à diffé-rentes concentrations d'antibiotiques, en antibiogramme, afin de déterminer l’efficacité des antimicro-biens à inhiber leur croissance. Nos résultats démontrent qu’au Burkina Faso, les Proteus spp ont ac-quis des multi-résistances : à l’ampicilline (86,8%), à l’Amoxicilline (95,6%) et à la Amoxicillie/Acide Clavulanique (94,3%). Nous trouvons aussi de fortes multi-résistances des Escherichia coli pour l’Ampicilline (77,4%), l’ Amoxicillie/Acide Clavulanique (50,6%) et l’Amoxicilline (78,2%) . Les Klebsiella spp ne sont pas en reste. Elles ont conquis aussi de nombreuses multi-résistances envers l’Ampicilline (89.9%), l’Amoxicillie/Acide Clavulanique (42,8%) et l’Amoxicilline (89,9%). Nous avons trouvé dans nos échantillons quatre souches de Klebsiella pneumoniae et une souche de Escherichia Coli qui possè-dent des gènes blaSHV et blaSHV-11 leur conférant des résistances aux médicaments antimicrobiens. Dans ces échantillons, nous avons isolé pour la première fois en Afrique, une bactérie metallo-beta-lactamase, un Chryseobacterium indologenes qui hydrolyse les antibiotiques beta-lactamase les plus utilisés tels que benzylpenicillin, ampicillin, amoxicillin cefalotin, cephaloridin et même les antibiotiques les plus puissants comme la cefotaxime, la cefuroxime et l'imipenem. Seul la ceftazidime (troisième génération de beta-lactamine) et la cefalexine (seconde génération de cepha-losporine) pouvaient inhiber sa croissance.

De nos jours, nous avons aussi la problématique de ces multiples souches de Plasmodium qui se sont adaptées au stress oxydatif provoqué par nos remèdes et qui sont devenus résistants désormais à la chloroquine. Et qu’en dira-t-on de ces nombreuses souches de VIH qui sont aujourd’hui résistantes à nos ARV ? Ces résistances à nos médicaments modernes nous font comprendre combien, en matière de lutte contre les maladies infectieuses, les victoires sont fragiles ; car nous avons affaire à un monde vivant qui s'adapte pour survivre, à notre environnement, à notre mode de vie, à nos pratiques médicales, à nos armes thérapeutiques et profite des moindres failles pour gagner du terrain.

Sonnette d’alarme: - Tant qu’une bonne politique de solidarité entre Nord et Sud ne soit pas mise en œuvre pour combattre ensemble les microorganismes pathogènes qui ne connaissent plus aucune frontière natio-nale, régionale ou continentale à cause de la globalisation; - Tant que l’homme n’use pas avec parcimonie et sagesse les microbicides synthétisés par les indus-tries pharmaceutiques modernes, - Tant que l’Homme ne prenne pas conscience que transformer la nature en la polluant par une industrialisation sauvage équivaux à exciter et à stimuler les micro-organismes pathogènes à se muter, à s’adapter à notre écosystème et à devenir encore plus virulents; sans une prise de conscience collective et sans la volonté politique internationale de respecter plus la nature, nous marcherons inexorablement vers le règne prépondérant des microbes pathogènes, vers la recrudescence des maladies infectieuses, bref, vers des résistances microbiennes mondialisées. Si cela advenait réellement, nos antibiotiques et nos microbicides les plus forts, les plus puissants et les plus modernes ne deviendront que des substrats appétissants et de l’eau fraîche pour nos préda-teurs devenus à jamais invincibles.

Jacques Simporé

Chryseobacterium indologenes