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Allocution d'ouverture Congrès de Bioéthique de 2007
 
 
 
 
Actes du Congrès de Bioéthique de 2007
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Comité d'Ethique : CECA
 
A.C.C.S. / B
 
 
 
Pape Benoit XVI et le Préservatif
 
 

 

Vérité sur les paroles du Pape Benoît XVI
concernant l’usage du préservatif contre le VIH/SIDA

Bien chers frères et sœurs en Christ et toute personne de bonne volonté,
Le Comité de Bioéthique Catholique du Burkina Faso souhaite un bon effort de carême aux chrétiens et un meilleur temps de grâce à tous les Hommes épris de paix, de sincérité, de vérité et de justice.
 En ces jours, nous avons entendu une certaine presse internationale critiquer tous azimuts et sans aucun respect le Pape Benoît XVI, le dénigrant, le comparant à un personnage des siècles passés, à un homme irréaliste. Certains médias sont allés jusqu’à vouloir opposer « l’ouverture d’esprit de Jean-Paul II » à la « fermeture d’esprit de Benoît XVI » ; tandis que d’autres, en France, demandaient même sa démission ! 

Mais que s’est-il passé au juste ?
Dans l’avion qui le conduisait au Cameroun, le Pape donne une conférence de presse et répond à la question de Philippe Visseyrias, journaliste de France 2 dont voici précisément les termes : « Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l'Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du Sida. La position de l'Église Catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n'étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ? ».

Et voici la réponse du Saint-Père :
 « Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l'Église catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant’Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le Sida, aux Camilliens, et tant d'autres, et d'autres, à toutes les sœurs qui sont au service des malades. Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec de l'argent, pourtant nécessaire. Si on n'y met pas de l'âme, si les Africains n'aident pas [en engageant leur responsabilité personnelle], on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution des préservatifs : au contraire, ils augmentent le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un envers l'autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l'Homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la juste réponse, et c'est ce que fait l'Église, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font. »
Tels sont les propos du Pape, situés dans leur contexte, selon le texte recueilli par les journalistes dans l'avion qui l’amenait au Cameroun. 
De ce texte, certaines personnes ont extrapolé et ont brandi cette phrase comme un étendard de scandale au monde :
« (…) on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution des préservatifs : au contraire, ils augmentent le problème.».

Une phrase, qui sortie de son contexte, devient une arme à double tranchant. Ainsi, tout lecteur, pourrait l’interpréter comme il veut : soit pour faire des compliments à l’auteur, soit pour le critiquer dans le sens de  nuire. Ici, l’intention est bien claire. Tout Homme, en lisant l’interview du Pape, sans préjugé et en prenant en considération de ce que prônent certaines presses internationales à ce propos, sait qu’il y a anguille sous roche. Certes, comme dit un proverbe de chez nous, « si tu veux tuer un chat, il suffit de lui appliquer des plumes de ta poule dans sa gueule » ! Ainsi, tu l’accuses d’être prédateur des poules de ta basse-cour.
Pour cela, nous devons être vigilants pour ne pas nous laisser intoxiquer par certaines presses qui ont pour unique but : le sensationnel ou de détourner notre attention des véritables problèmes. Le SIDA qui est un « syndrome d'immunodéficience acquise », n’est pas seulement une pathologie biologique car, de nos jours, notre société, elle aussi, tend à perdre de son immunité acquise de valeurs, de vérité et d’éthique. Dans ce sens, nous avons un « SIDA culturel » qui est en train d’infecter notre monde et sa morbidité deviendra de plus en plus incalculable.
Ainsi, des journalistes, profitant de leur position et de leur fonction, sans tenir compte de la déontologie de l’information ont critiqué sévèrement le Pape alors que, pour qui lit attentivement l’interview papale, le Saint Père ne disait rien de nouveau sur la position de l’Église en ce qui concerne le lien entre prophylactique et VIH/SIDA. L’Église ne met pas le pied là où elle n’est pas sûre. Qui connaît les principes de l’Église sait que le pape ne dira pas des choses nouvelles dans de simples interviews ; il écrirait, dans ce cas, une encyclique sur le thème. Le Pape Benoît XVI voulait tout simplement :

  1. dénoncer une fois de plus, la grave responsabilité de ceux qui propagent une idéologie de liberté sexuelle à travers l’utilisation du préservatif.
  2. rappeler que la meilleure voie, rude mais digne de l’Homme, et en même temps, la plus ouverte sur l’avenir et la plus efficace, dans cette lutte exceptionnelle contre la pandémie du SIDA, est celle d’une éducation civique et religieuse au sens de la responsabilité, selon une hiérarchie de valeurs propre à notre culture. C’est la première expression de notre solidarité, dans le respect et la sauvegarde de la vie humaine !
  3. présenter les trois fronts de lutte contre le SIDA, sur lesquels l’Église est présente :

Premier front : « l'éducation à la responsabilité des personnes dans l'usage de la sexualité et la réaffirmation du rôle essentiel du mariage et de la famille ».
Second front : « la recherche et l'application des thérapies efficaces contre le sida, et leur mise à la disposition du plus grand nombre possible de malades grâce aux nombreuses initiatives et des institutions sanitaires ». De là, il citait Sant'Egidio, les Camilliens et les religieuses qui assistent les personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA. En tout, 25% des centres sanitaires qui s’occupent  des malades de SIDA dans le monde sont des structures catholiques.
Troisième front : « l'assistance humaine et spirituelle des malades du sida et de tous les souffrants, qui sont depuis toujours dans le cœur de l'Église ».

Au Burkina Faso, le VIH/SIDA demeure un problème de santé publique car, cette infection, quoique son taux de  prévalence baisse, (7,2% en 1997 ; 6,5% en 2001 ; 4,2% en 2002 ; 2,7% en 2003 [1] et 1,6% en 2007 [2]), continue de sévir.

La politique d’action de l’État Burkinabè sur le VIH/SIDA
Selon le document « Cadre stratégique de lutte contre le VIH/SIDA et les IST 2006-2010 », ‎ la tendance à la stabilisation voire à la baisse de la séroprévalence du VIH au Burkina est surtout due à plusieurs facteurs et peut s'expliquer, entre autres, par  la promotion de la communication pour le changement de comportement et des moyens de prévention dans les différentes provinces du pays [1]. Ainsi, « Certains comportements, attitudes et pratiques pourraient être améliorés grâce à un programme intégré d’Information Éducation Communication basé sur la communication de proximité et l’enseignement des capacités en matière de vie courante pour le changement de comportement ainsi que la promotion des pratiques de la chasteté, de la fidélité et de l’abstinence » [1].

La position de l’Église du Burkina Faso sur le VIH/SIDA
La position de l’Église du Burkina sur le VIH/SIDA est celle de l’Église universelle. Cette lutte contre ce fléau est à la fois individuelle et collective.
Un combat collectif contre le VIH/SIDA
C’est un combat stratégique, ordonné et rationnel pour remporter la guerre et non une des batailles. C’est l’Homme paniqué, avec des actions incontrôlées, qui se noie dans l’eau car il croit que tout geste posé peut le sauver de cette noyade. L’Église qui vise la perfection et la sanctification de tous les Hommes de bonne volonté, leur propose un moyen incontestablement sûr pour vaincre le VIH/SIDA : l’abstinence et la fidélité. Certes, tout état laïc, peut librement proposer à sa population d’autres moyens de lutte contre le VIH. Mais ce qui est certain, ce n’est pas seulement la distribution des préservatifs dans les écoles, les collèges, les lycées, les villages et sur les places des marchés qui réduira la prévalence du VIH en Afrique et dans le monde.
Un combat individuel contre le VIH/SIDA
Face au défi posé par le VIH à chaque individu ou fidèle chrétien, comment ne pas faire un parallèle entre notre situation actuelle et celle décrite dans la Parole de Dieu dans 1 Samuel 17,32-51. En effet, le SIDA est un Goliath pour chacun de nous aujourd’hui. Allons-nous le combattre avec les seuls équipements du monde (à l'image du préservatif) comme Saül propose la cuirasse et l’épée à David (1 S 17,38) ? Pensons-nous réellement vaincre notre Goliath aujourd’hui en nous couvrant d’un casque de latex ? Ne nous faut-il pas faire comme David, en choisissant cinq pierres bien lisses au bord du torrent (1 S 17,40)… On connaît la suite. C'est là que la déclaration du Pape sur le préservatif, trouve tout  son sens. Que ceux qui ont des oreilles, entendent !
Le SIDA n’est pas seulement une maladie physique avions-nous dit plus haut, car il affecte aussi la psychologie de la personne infectée, ses relations et la société tout entière ; par conséquent on ne peut se limiter à le combattre, que par le préservatif. Il faut donc une formation appropriée, une éducation à la responsabilité individuelle et collective. Et c’est sur ce point que les consciences doivent être éclairées. 
Avec le Pape Benoît XVI, nous disons une fois de plus :

  1. Oui ! à « une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un avec l'autre », c’est la seule voie qui respecte la dignité de la personne humaine créée à l’image de Dieu, et la beauté de la sexualité, « bonne en soi » dans la création.
  2. Oui ! à l’abstinence, et à une vraie éducation à la vie affective, dans les familles, les établissements et à travers les médias.
  3. Oui ! à la fidélité dans les couples qui ont consacré leur amour dans le mariage, au respect des liens sacrés du mariage, comme meilleur moyen d’éduquer les jeunes à la responsabilité dans la sexualité.
  4. Oui ! à « une véritable amitié (...) pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent ». Nous invitons tous les Hommes de bonne volonté à se faire proches de tous ceux qui souffrent de cette pandémie, et d’engager leur responsabilité dans la prise en charge des orphelins et veuves du SIDA. 

Avec le Saint Père, nous redisons de toutes nos forces :

  1. Non ! à la banalisation de la sexualité qui induit un comportement irresponsable, car la promiscuité sexuelle est la cause de nombreux maux moraux et physiques.    
  2. Non ! à une éducation sexuelle sans dimension morale qui consiste à inciter et initier précocement les enfants et les jeunes à la sexualité, et qui les prédispose au dévergondage, au vagabondage sexuel et aux infections sexuellement transmissibles.

Conclusion :
Le 30 décembre 2005, à la veille de la journée mondiale de lutte contre le SIDA,  le Pape Benoît XVI lançait un cri de cœur : « Suivant de près l'exemple du Christ, l'Église a toujours considéré le soin des malades comme une partie intégrante de sa mission. J'encourage donc les nombreuses initiatives organisées pour éradiquer cette maladie (le VIH/SIDA), en particulier par les communautés ecclésiales, et j'exprime ma proximité aux malades du SIDA et à leurs familles, en invoquant pour eux l'aide et le réconfort du Seigneur » [3].
A la suite du Pape Benoît XVI nous tenons à réaffirmer ici, que l’Église apportera toujours son concours à la lutte contre le VIH/SIDA au Burkina Faso en appuyant le cadre stratégique élaboré à cet effet, et en se tenant toujours aux côtés des personnes qui souffrent.
Sans doute, biologiquement et stratégiquement, le VIH semble nous avoir tous ‎désarmés et vaincus. Les horizons d’un vaccin ou d’un traitement sûr semblent se ‎concrétiser dans un futur encore lointain. Et dans cette recherche angoissée, seules les options ‎culturelles, biomédicales, juridiques et éthiques justes, peuvent permettre au genre ‎humain d’engager collectivement et de manière solidaire un combat de type nouveau ‎pour la sauvegarde et la protection de notre commune humanité par la ‎responsabilisation de nos comportements humains. ‎

 

Ouagadougou, le 25 mars 2009         

Comité de Bioéthique Catholique
de la Conférence épiscopale Burkina Niger.

 

[1] CNLS-IST SECRETARIAT PERMANENT, 2005. Cadre stratégique de lutte contre le VIH/SIDA et les IST 2006-2010 – BURKINA FASO 
[2] CNLS-IST SECRETARIAT PERMANENT, 2009.  Plan national multisectoriel de lutte contre le VIH/SIDA et les IST au Burkina Faso ; p 11.
[3] BENOÎT XVI. AUDIENCE GÉNÉRALE du 30 nombre 2005.